« Il nous entraîne, au bout de la nuit… qui ça, qui ça… Valentin Vacherot ! » Les supporters monégasques n’étaient pour la plupart pas nés, en 1986, lorsque le tube « Les Démons de minuit » d’Images déferla dans les « Charts ». Mais dans la fraîcheur et l’humidité d’une soirée déjà bien entamée, ils ne cessèrent de s’époumoner, autant pour se réchauffer que pour encourager leur copain Val.
Et dire qu’il ne voulait surtout pas jouer le soir. Valentin Vacherot n’est pas forcément un couche-tôt, mais en fin connaisseur de la terre battue du Monte-Carlo Country Club et des conditions atmosphériques si changeantes d’un moment à l’autre de la journée au mois d’avril, il savait pertinemment, en début de tournoi, que son jeu d’attaquant puissant s’exprimerait plus facilement sur une brique pilée asséchée et accélérée par les rayons du soleil. Mais par un curieux concours de circonstances et de programmation, le voici en quart de finale en ayant joué tous ses matches… sous les projecteurs ! L’Argentin Juan Manuel Cerundolo, issu des qualifications, au premier tour (5-7, 6-2, 6-1). Lorenzo Musetti, n°5 mondial et finaliste l’an dernier, au deuxième (7-6, 7-5). Et donc Hubert Hurkacz, en huitième de finale (6-7, 6-3, 6-4). Bonne nouvelle pour les superstitieux : il sera une nouvelle fois programmé en quatrième et dernier match, vendredi, pour une place en demie, contre l’Australien Alex de Minaur.
20 ans après son demi-frère et entraîneur Benjamin Balleret, qui s’était incliné contre Roger Federer en huitièmes en 2006, « Val » aura donc fait mieux, en terrassant Hurkacz, le dernier homme à avoir battu le Suisse dans son temple de Wimbledon, en lui infligeant même un 6-0 en… en huitième de finale ! Le monde est petit finalement mais Vacherot est un géant. Et pas que par la taille (il mesure 1,93m). « Je bats mon frère, s’amusa le héros du jour. C’est tellement bon de retourner en quart d’un Masters 1000. Et encore meilleur de le faire ici, à la maison, devant ma famille, mes amis, les personnes du club que je connais depuis plus de quinze ans »

Lorenzo Musetti vs Valentin Vacherot – Rolex Monte-Carlo Masters 2026
Comment, alors qu’il menait 4-0 dans le premier set, imaginer qu’une partie débutée à cent à l’heure allait s’achever après 2h53 de haute lutte. C’est pour ça que le tennis est magique. C’est pour ça qu’il rend fou. C’est pour ça qu’on l’aime. Car avec sa dégaine nonchalante, brinquebalante presque, Hurkacz ne transpire pas le charisme et ne déchaîne pas les passions. Mais il sert fort et se sert de sa tête avec intelligence. Le temps de jauger le style de son adversaire et il recolla petit à petit, point par point. En face, le ténébreux et tempétueux Vacherot bouillonnait, criait, invectivait, hurlait sur les photographes « Dégagez ! », sur son clan « Qu’est-ce que je dois faire ? », récoltait un avertissement (sévère), vissait et dévissait sa casquette avec frénésie pour réguler la tempête sous son crâne. Le Polonais, plus expérimenté et plus calme, géra le mieux le tie-break 7 points à 4.
Mais Valentin Vacherot est un « matcheur ». Un athlète aussi. Il revint à la charge après un petit passage aux vestiaires. Apaisé et déterminé à ne pas laisser passer cette chance de continuer l’aventure rouge et blanche. Une glissade et une légère torsion de la cheville laissèrent craindre le pire lorsqu’il se retrouva sur les fesses dans la terre. Mais il se releva. Encore. Breaka, se détacha 5-2, avant qu’une nouvelle contrariété ne surgisse. Au changement de côté, le juge arbitre du tournoi, Stéphane Apostolou, lui demanda s’il avait bien récupéré la raquette qu’il avait demandé à corder. Vacherot fouilla dans sa housse… « non, c’est un truc de fou… elle est où ? Tu veux qu’on en envoie une autre ? Ben oui, mais ils me la font gratuite… » En plus, le garçon est drôle. Enfin en dehors du court où il préfère le costume de « tueur ».
Pas une once de baisse d’intensité dans le set décisif. Ni d’un côté, ni de l’autre. Vacherot et Hurkacz balançant gaiement des premières balles de service à 220km/h. La partie bascula finalement dans le fameux septième jeu, lorsque le Monégasque breaka sur sa quatrième opportunité du jeu. A 5-4, il eut toutes les peines du monde pour conclure (oh ce smash pénalty non converti !) mais finit par s’agenouiller, bras levés au ciel, criant sa joie, après 2h53 ! « Encore un match de fou, résuma-t-il. Avec ces conditions, c’est tellement difficile de faire des points gagnants. Les balles sont lourdes. Mais je suis fier notamment de la manière dont j’ai élevé mon niveau au troisième. » Digne d’un Top 20 qu’il intègrera, quoi qu’il advienne, lundi prochain (il est assuré d’être au moins 19e).
Et dire, qu’il y a un an pile, il pointait au 256e rang du classement ATP. Comme il l’inscrit lui-même sur la caméra avant de quitter le court : « What’s going on ? » Mais oui, que se passe-t-il Valentin ?
Vainqueur d’Hurkacz 6-7, 6-3, 6-4 en 2h53, Vacherot est le premier Monégasque en quart de finale du tournoi.
Le tenant du titre a bataillé mais gagné contre Tomas Martin Etcheverry 6-1, 4-6, 6-3 en 2h23.
L’Italien a eu besoin de trois manches face à Machac (6-1 6-7 63) pour se hisser en quarts.