Parfois, il faut savoir ranger le manuel du parfait tennisman, impassible en toutes circonstances. Oublier d’être un bon garçon, poli et souriant. Et se transformer en guerrier. Pour son entrée en lice dans le Rolex Monte-Carlo Masters, sur son central Rainier III, devant son public et sa famille, avec son costume de super héros local après son titre en Masters 1000 à Shanghaï l’an dernier et son nouveau statut de 23e mondial, Valentin Vacherot a montré le côté obscur de sa force. Plus Dark Vador que Luke Skywalker.
Mené 7-5, 2-0 balle de 3-0 par Juan Manuel Cerundolo, le frère de Francisco, tombeur quelques instants plus tôt du triple vainqueur du tournoi, Stefanis Tsitsipas, le Monégasque, sans solution face à ce gaucher argentin petit format au pur jeu de terrien mais sans grande puissance, avait besoin que toute sa frustration sorte. Après avoir pesté contre la lenteur des frappes de son adversaire, l’heure tardive du match, ses mauvaises glissades et son incapacité à dicter le tempo des échanges, il se fâcha tout rouge : coup de pied dans le bac à serviettes, balle balancée sur la plage du Monte-Carlo Beach, cris de rage digne de l’exorciste… et même bras levés, plein d’ironie envers lui-même, après une série de smashes pour enfin briser ce mur sud-américain qui renvoyait tout, même des services à 220 km/h, flirtant avec les lignes et la bande du filet.
Au bord du KO, Vacherot en appela aussi au public, dont un petit groupe de copains vêtus de maillots de l’AS Monaco qui, même en comité restreint, ne cessèrent de l’encourager. Et comme la veille au Stade Louis II, contre l’OM, en Ligue 1, le rouge et blanc a fini par dicter sa loi du plus fort au bleu et blanc argentin. Est-ce que les ampoules à la main de Cerundolo, issu des qualifications, l’ont gêné ? Peut-être. Mais Vacherot, dont on avait déjà pu mesurer le goût pour les âpres bagarres – « sans doute mes jeunes années passées aux Etats-Unis à disputer des matches devant un public parfois nombreux et partisan » – a surtout, une fois la tête remise à l’endroit, fait parler toute sa puissance. Pour une thérapie de choc agressive et ultra efficace : 11 jeux glanés de suite pour égaliser à une manche partout et mener 5-0 au troisième set. Cerundolo évita certes la roue de bicyclette mais pas la défaite 5-7, 6-2, 6-1 en 2h24.

Valentin Vacherot vs Juan Manuel Cerundolo – Rolex Monte-Carlo Masters 2026
Sous les yeux de son cousin Arthur Rinderknech, lui aussi qualifié pour le deuxième tour, et emmitouflé pour ne pas subir la fraîcheur tombante du début de soirée, Valentin Vacherot retrouva enfin le sourire du gentil Jedi, lança une mini Ola avec le public qui chantait : « On est chez nous ! On est chez nous ! »
Avant de remercier chaleureusement ses supporters : « Je n’aurais pas gagné ce match si ce n’était pas à Monaco avec vous. J’ai bien galéré, ce n’était pas très beau. Je suis allé chercher tout ce que j’ai pu. Et puis d’un coup, tout est parti quand j’ai défendu cette balle de double break au deuxième set. Après j’ai trouvé le relâchement. Alors vraiment merci et j’aurai encore besoin de vous… »
Plus que jamais même pour défier Lorenzo Musetti, 5e mondial et finaliste du Rolex Monte-Carlo Masters l’an dernier, au deuxième tour. L’italien aura pour lui l’armada italienne dans les tribunes. Les Monégasques ne seront peut-être pas chez eux. Mais prêts à aider Valentin à se battre.
A l’envers, Valentin Vacherot s’est fâché pour renverser Cerundolo 5-7, 6-2, 6-1 et s’offrir un choc face à Musetti.
Les deux anciens vainqueurs ont connu des sorts divers.
Finaliste à Miami, Jiri Lehecka a eu besoin de 3h02 pour se défaire du qualifié américain Emilio Nava (7-6, 6-7, 6-2.)